À l’origine de ce projet, il y avait le désir de mettre en images un sentiment sans doute partagé par la plupart des habitants des grandes villes contemporaines. La sensation très nette, lorsqu’on est dehors, d’être confinés à l’intérieur d’un espace extrêmement restreint, enchâssé entre l’espace privé (de plus en plus réglementé par des contraintes sécuritaires) et l’espace public (soi-disant démocratique, partagé par tous, mais en définitive de plus en plus planifié et policé). D’un côté, une frontière fermée, de l’autre, une frontière illusoirement ouverte ; entre les deux, dans les interstices, ce territoire instable, mouvant, où l’on se retrouve soi-même.
“Frontières de la mer” tente de rendre visible cet espace urbain intime : lui donner un contour géographique, en restituer l’épaisseur sentimentale, en établir l’étendue et les limites.
La série s’organise comme un travelling au long d’une métropole contemporaine indéfinie, implantée quelque part au bord de la mer. Les photos, réalisées dans différentes villes du littoral brésilien (Salvador de Bahia, Fortaleza, Natal, Recife…), pourraient tout aussi bien provenir de Miami, Marseille ou Hong Kong puisque presque rien ne semble pouvoir aujourd’hui différencier les uns des autres ces espaces urbains balnéaires.
Champs et contre champs s’alternent selon un point de vue identique, frontal, avec un cadrage volontairement “classique”. Se succèdent buildings et promenades de bord de mer, jardins et échangeurs routiers, terrains vagues et grillages de sécurité, shopping centers et playgrounds, dans ce qu’on pourrait définir comme la reconstitution d’une cité à la fois réelle et “imaginée“, une ville intérieure en quelque sorte, silencieuse et désœuvrée, mélancolique et presque déserte.
Seules quelques rares figures humaines traversent le cadre. Ce sont des notes de musique qui font vibrer le paysage, silhouettes fugitives, ombres impénétrables, piétons livrés à eux-mêmes. Mystère et magie de l’anonymat urbain qui nous plonge dans un univers diamétralement opposé à celui des paysages urbains documentaires auxquels la photographie contemporaine nous a habitués. Ici chaque image se veut le photogramme d’un film dont on attend la suite, fragment d’une histoire interrompue qui ouvre vers la fiction.
Expositions : Festival Étonnants Voyageurs (Saint-Malo) en mai 2005 ; projections du Festival Voies Off (Arles) en juillet 2005 ; Galerie NegPos (Nîmes) du 15 novembre 2005 au 5 janvier 2006 ; réseau des FNACs au Brésil du 10 novembre 2005 au 30 septembre 2006.
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