Les images ici réunies font partie du travail de documentation qu’Isabel Gouvêa a réalisé, pendant plusieurs années, sur la fête de Yémanja à Salvador, à Cachoeira et dans l’Île d’Itaparica à Bahia. Yémanja est une divinité Yorouba originaire de la région du Nigeria et du Bénin, arrivée au Brésil il y a plus de trois siècles, dans le bagage des esclaves africains. “Reine des mers et des océans, protectrice des pêcheurs, mère de tous les orishas* et de tout ce qui existe dans cette terre”, elle est en général représentée sous la forme d’une sirène aux longs cheveux noirs. Les dates et l’importance des festivités en son hommage diffèrent d’une région à l’autre, néanmoins Yémanja est extrêmement populaire partout au Brésil. À Salvador, où la plupart des habitants sont des descendants d’esclaves, le 2 février voit se dérouler l’une des plus belles fêtes de la région. Ce jour-là, sur la plage de la Paciência dans le quartier de Rio Vermelho, le soleil se lève sur une immense foule d’hommes et de femmes, tout de blanc vêtus, qui attendent patiemment leur tour pour déposer dans des grands paniers ou des vases en céramique les offrandes à la “mère de l'eau” : fleurs, parfums, savonnettes, peignes, miroirs, bijouteries, poupées… En fin d'après-midi, les cadeaux sont jetés en haute mer, lors d’une procession maritime comportant des centaines de bateaux, tandis que sur la plage, les gens chantent et dansent au son des tambours. Ensuite, pendant plusieurs jours, les cadeaux que (dit-on) Yémanja n’a pas voulu garder seront recrachés par la mer et viendront échouer sur la plage… Les images d'Enchantement intégraient à l’origine la thèse de maîtrise en Arts Visuelles d’Isabel Gouvêa. Elles ont fait l’objet en 2008 d’une exposition à Salvador et à São Paulo.
* orishas – ce sont les dieux ou saints du candomblé, religion issue du syncrétisme entre le catholicisme et les religions animistes venues d’Afrique ; la Santeria et le Voudou sont respectivement des variantes du Candomblé à Cuba et en Haïti.
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Isabel Gouvêa est née à São Paulo et réside à Salvador de Bahia depuis 1978. Photographe diplômée en 1976 de l’École de communications et arts de l’Université de São Paulo, elle obtient en 2008 une maîtrise d’Arts visuels à Université fédérale de Bahia. En tant que membre actif du mouvement FOTOBAHIA, elle a, entre les années 1979 et 1986, organisé et participé de nombreux ateliers, expositions, et débats. Auteur de l’inventaire photographique pour le classement “patrimoine historique” du Centre de Salvador, elle a aussi coordonné la recherche photographique du projet Histoire des quartiers de Salvador. Actuellement travaille comme photographe pour le Théâtre Castro Alves et développe, en parallèle, des projets pédagogiques en art et communication auprès de l’ONG Cipó Communication Interactive, institution dédiée à la formation des jeunes des quartiers défavorisés. À Cipó, elle a réalisé, entre autres, la recherche, la publication et le commissariat de l’exposition Design Populaire de Bahia et dirige actuellement l’École d’art et technologie Oï Kabum!, destinée à formation des jeunes à la vidéo, la photographie, le graphisme et l’informatique. Il s’agit d’un projet pilote du programme Oi Futuro réalisé par Cipó en collaboration avec Oï (compagnie de téléphonie mobile de l’État de Bahia). En 2008, Isabel a reçu le Prix de la Caixa Cultural, que lui a permis de réaliser l’exposition Enchantement, à Salvador et à São Paulo.
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