| Ce sont véritablement des rescapés, vivant entre légendes et mythes, entre passé et présent, ces personnages photographiés par Alvaro Villela dans le Ras de Catarira* – un lieu aussi distant de nous, que nous-mêmes le sommes de ce Brésil dont, peut-être, nous connaissons l’existence par ouï-dire. Ces personnages, ce sont eux qui nous parlent avec leurs yeux de silence, d’une strate de réalité qui est là, tout proche de nous, dans les terres de Bahia. Mais quelle est la Bahia dont on entend toujours parler ? Non, de ces personnages, on ne parle pas. Ils ne vivent entourés que d’eux-mêmes. Devant le petit et le grand autre, desquels nous n’avons pas de notices. Quand il assoit ce peuple dans ses photographies, Alvaro Villela pérennise un document et nous met devant les mêmes vieilles questions, avec lesquelles très probablement nous quitterons cette vie : qui sommes-nous ? où allons-nous ? d’où venons-nous ? Métis, enraciné entre noirs et indiens, le peuple du Ras de Catarina est l’expression la plus brésilienne de ce que nous pouvons léguer entre ancestralité et mémoire, dans une épopée qui « soufre de l’espoir de ne pas mourir », comme l’a laissé gravé Guimarães Rosa dans ce Grand Sertão** pour toujours. Diógenes Moura Commissaire de photographie de la Pinacothèque de l’État de São Paulo ------------------------------- * Le Ras de Catarina (Raso da Catarina) se situe au Nord de l’État de Bahia, dans la région la plus aride du sertão. ** Grande Sertão Veredas de Guimarães Rosa a été traduit en Français sous le titre Diadorin. | Alvaro Villela est né en 1960 à Salvador de Bahia. Il est formé en journalisme. Les années 80 lui ouvrent la voie de la découverte de la photographie comme moyen d’interpréter le monde à partir de sa propre perception personnelle. Animé par une intense activité politique, il assiste, en 1986, le film Under Fire (1983, EUA), qui traite de la guerre entre les rebelles Sandinistes et l’armée de Somoza, au Nicaragua. Le protagoniste du film est un photographe Nord-américain qui, en construisant une narration délibérément pro sandiniste, fini par prendre parti dans la lutte révolutionnaire. Le militant Villela découvre alors l’impact du langage visuel et prend toute la mesure de l’immense responsabilité du témoignage photographique.
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