Pourquoi les masques nous inquiètent-ils ? En raison peut-être de leur double vertu, celui de cacher et dévoiler à la fois. Entre les visages qu’ils occultent et la persona qu’ils dévoilent, les masques sont des signes qui ne vieillissent pas. Même dans ses manifestations les plus précaires et naïves, ils capturent notre regard dans un même enchantement primitif. Ils subliment, libèrent, dénouent les identités cachées, rendant au corps sa nature indifférenciée et anonyme.
Dans ce travail, j’ai cherché non seulement à documenter les volumes, couleurs, dessins, textures et compositions mas aussi à saisir le sens de la manifestation. Je pensais – et pense encore – que le masque ne se résume pas à un simple objet, c’est dans sa nature d’être constamment refait et actualisé par de gestes rituels. En les fixant, j’ai voulu leur donner une existence plus durable, par amour, par magie ou par peur de les voir se perdre dans leur existence éphémère.
Les photos de cet essai ont été prises au long de quatre années à Salvador de Bahia et dans divers villages de l’intérieur de l’État, suivant le calendrier des fêtes populaires et religieuses où les masques restent encore authentiques et fidèles à la tradition. Fabriqués de manière artisanale par la communauté, ils emploient des matériaux simples – papier, carton, cordes, tissus, fibres végétales – et sont généralement très colorés. Prises sur le vif, pendant festivités auxquelles les masques sont utilisés, ces images s’efforcent restituer le caractère authentique des manifestations.
Avec cet essai, je rends hommage au travail manuel balayé par l’avalanche technologique à laquelle nous sommes soumis les derniers temps et aussi à l’homme anonyme, auteur occulte de cette longue tradition populaire.

Aristides Alves est né en 1949 à Belo Horizonte (Minas Gerais). Formé en biologie et en journalisme, il devient photographe professionnel à partir de 1975. Membre actif de la vie associative, il est l’un des fondateurs de l’ASA, la première agence photo de Bahia e du groupe FotoBahia, qui a organisé des nombreuses expositions collectives entre 1978 et 1983. Il a été aussi collaborateur de l’Agence F4, de São Paulo. Il vit à Salvador depuis 1972 où il développe des projets d’édition sur des thèmes écologiques et un travail de documentation à caractère anthropologique sur les traditions culturelles et religieuses de Bahia.
Il a réalisé diverses expositions individuelles, ayant aussi participé d’importantes manifestations collectives au Brésil et à l’étranger. Il a publié plusieurs livres parmi lesquels : Máscaras da Bahia en 2000, Imagens da Bahia en 1993, Chapada Diamantina en 1997, et Áreas de Proteção Ambiental da Bahia en 2003.
aristides@compos.com.br


Aristides Alves Masques de Bahia
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