| Le décadrage et la prédominance de l’obscurité démontrent que l’intérêt d’Inaê Coutinho n’est pas de constituer un registre documentaire sur ces intérieurs paysans de Marzagão et Água Limpa, dans l’État de Goiás (Brésil). En rendant malaisée la perception des objets, les montrant dans la pénombre ou les écorchant, la photographe détourne notre attention vers ce qui est généralement oublié ou vu comme un détail sans importance : les régions d’ombre et les murs apparemment vides. Les compositions qui modifient notre manière conventionnelle de regarder peuvent provoquer un certain étonement. Dans les images en contre-jour, le cadrage met l’accent sur ce qui est presque lisible dans l’ombre, ce dont il n’est possible de voir que quand la claireté est insufisante. Dans les ambiances plus éclairées, les objets, parfois fragmentés, mettent en évidence le caracter incomplet des informations fournies. La lumière dans l’obscurité se défie de l’instant décisif en photographie. Les images ne représentent pas des actions instantanées ; ce sont, au contraire, des signes de l’accumulation de gestes. Il a fallu un long travail du temps pour que les parquets, les lits et les murs acquièrent la texture qui est la leur. De plus, l’artiste expose ses négatifs pendant plusieurs seconds, de manière à aboutir à une matrice permettant de prolonger en laboratoire la réflexion sur ce que doit ou non apparaître. Quand les ambiances sont plus clairement montrées, les photos deviennent les vestiges d’une présence, les portraits d’habitants presque absents. La cuisine vide dont les flammes de la cuisinière sont encore allumées, les serviettes de table amidonnées, les draps bien étirés dans un foyer bien entretenu, et aussi les sept brosses à dents. Ce sont dans ces entrelignes que le spectateur se projette. C’est lui, finalement, qui va habiter la photographie et imaginer qui habite ces intérieurs. [Heloisa Espada] | Inaê Coutinho vit et travaille à São Paulo, ville d’où elle est originaire. Formée en 1995 en Éducation artistique à l’université de Campinas, elle reçoit en 2005 son diplôme de post-graduation en Poétiques Visulles à l’Ecole de Communications et Arts de l’Université de São Paulo avec le projet "La lumière dans l’obscurité". Dès 1987, elle se dédie à la photographie, ayant réalisé plusieurs expositions, parmi lesquelles : "Autoportrait avec une amie" (Funarte, Rio de Janeiro,1994), "Mémoire des choses" (Centro Cultural São Paulo, 2000 / Sesc Araxá, Amazonas, 2001), "Le corps dans la construction" (Atelier Piratininga, São Paulo, 2003) et "La lumière dans l’obscurité" (Centro Universitário Maria Antônia, São Paulo, 2005). Elle a encore produit et édité, entre 1998 et 1999, la manifestation photographique “Diapositive : Nuit Audiovisuelle”, à l’espace culturel A CASA. Elle enseigne la photographie depuis 1992.
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