| Je suis né en 1952 à Rio de Janeiro. Exilé l’année suivante, j’ai grandi à São Paulo, où mes parents avaient déménagé. Tous les étés, je retournais à Rio passer les grandes vacances chez tante Ushi, la sœur de mon père. C’était un ange, elle recevait toujours la famille avec une hospitalité et une bonne humeur étonnantes. J’aimais beaucoup mes cousins Ivo, Marisa et Vivian, et nos aventures n’étaient pas des moindres, avec le tramway qui passait juste devant la maison, dans le quartier du Alto da Boa Vista, nous emportant vers le paradis des cinémas, des hamburgers (Bob’s) et des pizzas (Café Palheta), à la place Sáenz Peña. Dans la rue Muçu, à côté du chemin du tramway, il y avait un ruisseau où l’on allait pêcher. À la maison juste devant la nôtre, qui était pratiquement une ferme, on allait voler des “jacas” et des mangues. Les dimanches, ma tante remplissait sa Kombi d’amis, voisins et personnes de la famille, et nous allions tous à la plage de Barra da Tijuca. Un voyage d’une heure minimum. Mon oncle George, qui était philosophe à ses heures, avait au moins deux grands principes : “Ne faites pas pipi dans notre piscine puisque nous ne nageons pas dans votre WC” et “Ne laissez pas pour demain ce que vous pouvez faire après-demain”. C’était le plus carioca de tous les Allemands… En 1976 je suis allé habiter à New York. En raison de problèmes avec les services de l’immigration américains, je n’ai pas pu rentrer au Brésil pendant cinq années, et je mourrais de “saudades” du pays. Par la suite, pendant quinze ans, je séjournais à São Paulo au moins trois mois par an et je profitais toujours pour me rendre à Rio. Je rêvais de la ville délirante des étés de mon enfance et ne manquais pas de tomber en extase à chaque fois que je sortais de l’aéroport Santos-Dumont, et prenais le chemin du remblai du Flamengo en direction des plages de Copacabana et d’Ipanema. Ma réalité à moi, c’était New York, avec sa vie accélérée et le stress presque insupportable, quotidien, qu’est la vie d’un photographe étranger qui essaye de | Claudio Edinger a reçu le Prix Leica d’Excellence en 1983 et 1985 pour ses livres “Chelsea Hotel” et “Venice Beach”. Il a reçu en 1990 le Prix Ernst Haas pour son travail à l’asile du Juqueri. Son livre sur le Carnaval a bénéficié en 1993 de la Bourse Vitae et a reçu en 1999 le Prix Higashikawa (Japon) du meilleur photographe étranger. Son travail pour la revue Newsweek a été récompensé en 1996 du prix Pictures of The Year. Son livre “Habana Vieja” a été élu l’un des dix meilleurs livres de l’année 1997 par la revue American Photo. Son travail a déjà été exposé partout dans le monde et publié dans les plus importantes revues. “Rio”, publié en 2004 par les éditions DBA (Brésil), est son onzième livre. |
| survivre. Rio, c’était le rêve, c’était le Rio de la Bossa Nova, musique que je n’arrivais que rarement à écouter sans être plongé dans l’angoisse, la “saudade”, le mal du pays… Le livre “Rio” existait dans ma tête depuis trente ans environ. Il est devenu une réalité quand je me suis acheté une chambre avec des négatifs quatre par cinq pouces, sachant déjà que je m’en servirait pour photographier Rio… Mais pas seulement la ville de mon enfance. Le Rio de ma mémoire est le Rio universel, un lieu mythique où les problèmes n’existent pas, un port calme pour que chacun puisse se ressourcer, la capitale mondiale de la beauté, avec des personnages géniaux, un lieu inspiré. Bien entendu, le Rio réel n’est rien de tout cela. Mais le réel, le stress et les problèmes, nous les vivons déjà la plupart du temps… En vérité il existe de nombreux Rios. Celui qui m’intéresse est le symbole sacré du Brésil, l’ancienne capitale du pays et la référence brésilienne pour le reste du monde, une ville dont l’extrême personnalité et la beauté naturelle transcendent la spéculation immobilière, la violence démesurée, la circulation insupportable et le crime organisé. Cet essai photographique est une tentative de capter le rêve, l’utopie, cet endroit où nous nous rechargeons pour aller de l’avant. Le lieu où nous nous dénudons et idéalement retrouvons l’égalité et la fraternité : la plage. [C. Edinger] | Claudio Edinger a reçu le Prix Leica d’Excellence en 1983 et 1985 pour ses livres “Chelsea Hotel” et “Venice Beach”. Il a reçu en 1990 le Prix Ernst Haas pour son travail à l’asile du Juqueri. Son livre sur le Carnaval a bénéficié en 1993 de la Bourse Vitae et a reçu en 1999 le Prix Higashikawa (Japon) du meilleur photographe étranger. Son travail pour la revue Newsweek a été récompensé en 1996 du prix Pictures of The Year. Son livre “Habana Vieja” a été élu l’un des dix meilleurs livres de l’année 1997 par la revue American Photo. Son travail a déjà été exposé partout dans le monde et publié dans les plus importantes revues. “Rio”, publié en 2004 par les éditions DBA (Brésil), est son onzième livre. |