| «As sombras são» («Les ombres sont») est l’homonyme de «assombração» qui veut dire en portugais «fantôme» ou «apparition». Ce titre résume au mieux la démarche d’Eduardo Villares qui s’attache à fixer sur pellicule des micro phénomènes presque invisibles, presque inexistants, «presque rien» comme dirait Jankélévitch. L’éclat du soleil sur un verre, l’ombre d’un arbre sur le capot d’une Volkswagen, la texture d’un rideau transparent… des petites choses sans importance, et pourtant, en feuilletant le livre on est atteint d’une très forte impression de déjà vu, cette sensation inexplicable d’avoir déjà vécu ce qu’on est en train de vivre? Mais où et quand c’était déjà? Au fur et à mesure, la mémoire se met en marche. L’ombre de ce pied de table, déformée par les plis du tapis, n’est pas la même que nous observions, à l’âge de quatre ou cinq ans, dans les après-midi vides du dimanche, quand ennuyés nous nous couchions par terre dans le salon? Et l’ombre si longue de ce piéton par un soleil de fin d’après-midi… qui ne se souvient pas d’avoir, enfant, passé des heures à étudier ce phénomèneet à se demander pourquoi les ombres raccourcissent quand on passe sous un lampadaire et s’allongent au fur et à mesure qu’on s’en éloigne? On aura compris, si les «presque rien» d’Eduardo Villares nous attirent c’est parce qu’ils font référence aux expériences immémoriales de notre première enfance, époque où le monde visible semblait encore plein de magie et de mystère. | Eduardo Villares est né en 1957 à São Paulo. Après avoir fait des études d’arts graphiques et peinture, il entame, en 1993, une formation avec le photographe Carlos Moreira qui le sensibilise à la photographie de rue.
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