Lorsque Lucia Guanaes revient au Brésil, en 1986, après dix ans d’exil, son regard est empreint de nostalgie, mais il est aussi autre. De Manaus à São Paulo, de Brasília à Salvador, elle arpente son Brésil. Celui de la confrontation entre le souvenir et le présent ; celui du paradoxe d'être à la fois dedans et hors la réalité brésilienne. Là, dans cet écart, naît un regard subtil, une juste distance qui donnent à ses photos tendresse amoureuse et ironie critique.
Le brésilien Pedro Vasquez, historien de la photographie et photographe lui-même, souligne le caractère "imaginaire" de ce pays qu'elle nous donne à voir au moyen d'une "approche trompeusement simple, comme celle qui est utilisée par August Sander pour photographier les Allemands entre les deux guerres. Presque toutes ses photographies sont frontales avec un cadrage volontairement dépouillé. Mais ici nous sommes bien loin de la vision rationnelle et presque anthropologique de Sander, ou des touches d'entomologiste désespéré (…) de Diane Arbus, une autre adepte de cette frontalité désarmante. Ce que nous voyons dans les photographies de Lucia, c'est une relation avant tout humaine entre photographe et photographié, un abandon dépourvu de toute tension, un se-reconnaître-dans-l'autre, qui ressemble à l'investigation émerveillée de l'enfant qui contemple son image dans le miroir."
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